Agir, s’exprimer et s’envoler…

Pendant le séjour de création qui s’est déroulé du 2 au 11 avril à la maison d’ATD Quart Monde à Treyvaux, les participant-e-s ont utilisé la technique du collage pour exprimer certains aspects de leur vie et de leurs quêtes.

Les collages me fascinent. Devant nous, la table est couverte de magazines. Quel plaisir de les feuilleter, d’y chercher des photos qui semblent nous regarder, qui nous interpellent sans qu’on sache ni trop comment ni pourquoi. Pourquoi justement cette photo-là, et pas une autre ?

Emerveillement

Marie-Claire choisit une feuille verte comme arrière-fond, puis découpe avec beaucoup de soin quatre photos de classes d’école. Avec des enfants de l’autre bout du monde.

Elle cherche ensuite comment rendre avec plus de gaieté à ces enfants assis sur leurs bancs.

Dans une petite boîte à trésor, elle trouve de minuscules formes magiques qui brillent : un soleil, une étoile, des fleurs. Elle les place soigneusement sur sa feuille, comme de petites perles. Puis elle y découvre de toutes petites lettres. Elle commence alors à composer le mot ECOLE, tout en nous demandant si elle l’a correctement écrit ; si le E et le L sont orientés dans le bon sens. Le résultat est enchanteur !

Et la voilà qui commence déjà un nouveau collage. Cette fois, ce sont des fleurs fines et légères qui retiennent toute son attention – elles semblent virevolter comme des papillons sur une feuille orange. C’est une véritable composition qu’elle crée. « Comme au Japon avec l’ikebana », me dis-je.

Marie-Claire ne parle pas, mais il y a cet émerveillement dans ses yeux ! Dans les yeux de cette femme au visage marqué. Elle qui soutient tous les jours son neveu pour qu’il aille à l’école. Elle qui subit les remarques blessantes et humiliantes de gens qui ne la prennent absolument pas au sérieux.

Questionnement

A côté d’elle, il y a son amie Michèle. Elle, ce sont les oiseaux qui la fascinent. Des oiseaux en cage. Dehors, sur deux arbres, deux arbres morts, des oiseaux en cage. Que peut-elle bien vouloir nous dire? Elle qui adore les oiseaux, qui en a chez elle et qui en dessine souvent en collant des photos qu’elle trouve dans de vieux magazines. Puis, sur une carte postale où figure la maison d’ATD Quart Monde, elle dépose un grand hibou. Il nous regarde du haut du toit. Veille-t-il sur nous? La sagesse du hibou, dit-on. Son regard semble bien sévère.

Aspirations

Je pense au fils de Michèle qui participe à notre groupe de philosophie depuis deux ans, et qui nous a dit aimer « observer le monde à la manière d’un aigle qui vole très haut dans le ciel ». Il dit que cette idée le fascinait déjà alors qu’il était enfant. Cela me fait penser aux rites initiatiques de certaines cultures chamanes où des jeunes s’exposent volontairement à des situations de survie : eux aussi mentionnent de tels expériences. Peut-être y a-t-il là un lien.

Michèle se plonge dans une autre image : la belle, la si belle Suisse, les montagnes, le drapeau qui flotte dans l’air, la paix du pays de Heidi. Puis tout à coup, un corbeau noir surdimensionné apparaît sur la droite. La chanson L’aigle noir de Barbara me vient à l’esprit et j’en frissonne. Je tremble en pensant à toutes ces personnes qui aimeraient danser, chanter, s’envoler en-dessus de ce beau pays, mais qui subissent l’affreux regard du mépris. Comme Michèle et Marie-Claire, elles aspirent toutes à regard plus ouvert, à un regard qui insuffle la joie de vivre.

Noldi Christen, volontaire permanent