De l’Université Populaire Quart Monde au projet « Pauvreté-Identité-Société »

Le 2 juin dernier, plus de 80 personnes, toutes générations confondues, venues de dix lieux suisses (alémaniques et romands) se sont réunies à Treyvaux (FR) pour partager leurs expériences et construire un savoir collectif.

L’ « Université Populaire Quart Monde » a ouvert ses portes au centre national du Mouvement ATD Quart Monde. Elle est un lieu de dialogue et d’apprentissage mutuel entre personnes en situation de pauvreté. Chacun.e peut s’y entraîner à exprimer une opinion ou une pensée devant d’autres et à élargir son point de vue sur le sujet abordé.

Cette journée s’est concentrée sur ces questions : – qu’est-ce que signifie pour le développement d’une personne de grandir dans des conditions difficiles ou séparée de ses parents ? – qu’est-ce qui fait que la pauvreté et l’exclusion se reproduisent de génération en génération ? Les discussions ont été très émouvantes et ont mis en lumière une richesse d’expériences, lourdes de souffrance mais aussi de résistance et d’énergie. Notre invité, Monsieur Sergio Devecchi, ancien directeur de foyer et président d’Integras (Association professionnelle pour l’éducation sociale et la pédagogie spécialisée), nous a rejoints pour la deuxième partie de la journée. Enfant, monsieur Devecchi a lui-même vécu en foyer (lire son autobiographie: Heimweh – vom Heimbub zum Heimleiter aux éditions Stämpfli Verlag). C’est avec beaucoup de sensibilité qu’il a rencontré les personnes présentes. Le partage de sa propre histoire et expérience a beaucoup contribué à ce que cette journée apporte force et courage et à ce que les personnes présentes poursuivent leur propre chemin et sortent du silence.

Cette « Université Populaire Quart Monde » a lancé officiellement le projet de recherche sur trois ans, «Pauvreté – Identité – Société», soutenu par l’Office fédéral de la justice. L’objectif de ce projet est que les injustices institutionnelles ou sociétales et les violences vécues dans l’histoire ne se reproduisent plus jamais. Cette recherche doit permettre de mieux comprendre le passé et le présent pour ainsi contribuer au développement de pratiques d’aujourd’hui  pour une société qui ne laisse personne de côté. La particularité de ce projet est qu’il se construit à partir de l’expérience et du savoir de personnes qui connaissent la pauvreté. Sa forme participative propose ainsi un modèle pour assurer aux personnes ayant l’expérience de la pauvreté d’être parties prenantes dans les processus nationaux de recherche et de prise de décision. 

Dans ce cadre, un atelier «Croisement des Savoirs» aura lieu fin novembre et réunira le savoir issu de l’expérience des personnes en situation de pauvreté, le savoir d’universitaires et le savoir des personnes de la pratique professionnelle. Parce que ce n’est qu’ensemble, et en intégrant les connaissances des personnes qui sont les plus grands experts de la pauvreté à travers leurs expériences quotidiennes que la problématique de la pauvreté peut véritablement être combattue de manière durable.  

Michael Zeier