Garder son toit ou manger ?

Si le pays s’est ému devant les images largement médiatisées de longues files attendant un colis d’aide alimentaire, le milieu associatif s’est retrouvé confronté aux limites de ses capacités. Cette action a fait découvrir une pauvreté ignorée et un colis alimentaire est-il suffisant ?

En effet, certains travailleurs, n’ayant pas droit aux prestations chômage, ont vu leur revenu diminuer ou être supprimé dans sa totalité. Ils sont descendus d’un statut économique déjà précaire à celui de la misère, tandis que l’aide et l’information ont mis du temps à se mettre en place et circuler. Certains en situation irrégulière, parlant à peine le français, ne connaissaient pas le réseau social et ne savaient pas où s’adresser.

Dans la pyramide des besoins, si ceux alimentaires sont fondamentaux, nous avons constaté que certaines personnes se sont affamées et ont revendu les bons alimentaires pour essayer de payer leur loyer, de peur de se retrouver à la rue et de tout perdre. Entre la pression des gérances et l’accumulation des factures, les insécurités se sont multipliées. La pandémie a ainsi généré un pic de détresse psychologique et d’effets sur la santé mentale.

Rajoutons la pression familiale, car la perte de revenu engendre un effet papillon. Je cite l’exemple d’une femme qui entretenait sa fille restée au pays et sa mère souffrant d’un cancer. Toute la famille se retrouve privée de revenu. Comment organiser la survie ? Puis il y a également les questions de mobilité et la crainte de ne plus voir les siens. Faut-il organiser un retour au pays avec le risque de ne plus pouvoir rentrer en Suisse ?

Si le monde a été mis sur « pause », il est plus que jamais crucial que l’accès aux droits et aux informations sociales le soit pour tous, et que peut-être, l’idée d’un revenu inconditionnel de base puisse également retrouver sens et vitalité.  

Sarah Meyer,  Intervenante sociale auprès de l’Association des
Chômeurs de Neuchâtel (ADCN)