Jeune et volontaire en 2020

Photo : En Centrafrique, Monsieur Parfait porte la natte de la bibliothèque de rue.

Simeon Brand, 29 ans, partage ici son cheminement vers le volontariat permanent du Mouvement ATD Quart Monde, engagement dans la durée aux côtés des plus pauvres.

J’ai décidé de rejoindre le volontariat du Mouvement ATD Quart Monde à la fin de l’année 2019. Un volontariat que j’ai pu découvrir ces cinq dernières années en réalisant un film et 14 courts-métrages avec mes parents, eux-mêmes volontaires depuis plus de 40 ans. En m’impliquant dans ce projet, j’avais le désir de saisir dans quoi s’enracinait leur engagement.

La question de l’engagement et de son sens était centrale à ce moment-là de ma vie.


Déjà, lors de ma formation au cinéma documentaire, à l’occasion de la réalisation d’un court-documentaire à partir du thème « être jeune aujourd’hui », j’avais en moi la question de ce basculement du désir et du rêve à la réalité de la souffrance… quand le monde devient tout petit, qu’il cesse de promettre. Je portais cette question intimement. Je la portais aussi très fortement à travers plusieurs amis que l’école avait obligés dès l’enfance à l’échec. En les retrouvant, je me suis rendu compte combien, malgré les années, nos regards continuaient d’offrir la même générosité. Et dans nos liens, rayonnait l’inconditionnelle et absolue nécessité de nos existences.

2016. Court-métrage à partir du thème  » être jeune aujourd’hui »

La radicalité de l’engagement, je l’ai longtemps pensée et vue dans les idées que l’on porte, dans les actions que l’on pose. Mais le Mouvement m’a fait comprendre combien cette radicalité est dans nos liens. Ce qui nous engage, c’est ce qui nous lie en tant qu’êtres humains. Je l’ai découvert à travers chaque tournage qui a porté la réalisation des films du Coffret USB « QUE SOMMES-NOUS DEVENUS ».

Aujourd’hui je me sens lié à Monsieur Parfait, un homme très pauvre de Centrafrique qui, chaque semaine, porte la natte sur laquelle vont s’asseoir les enfants pour la bibliothèque de rue. Je me sens lié à sa force, à son courage. Il m’a appris ce droit essentiel des enfants à être ensemble, sans distinction.
Je me sens lié à Jean-Marc qui a connu la violence des placements en Suisse, qui a été utilisé dès l’enfance comme une force de travail dans un pays qui ne lui a jamais souhaité un avenir. Je me sens lié à sa tendresse, à sa recherche incessante d’aimer entièrement, de pardonner. Je me sens lié à sa souffrance.
Je me souviens d’Ivanite à Haïti. Elle qui, lors du dernier tournage, répétait avec force : « Nous voulons la paix ! Il faut en finir avec la misère ! Nous allons le répéter à voix haute, nous voulons la paix ! ». Elle est décédée aujourd’hui. Je me sens lié à sa vie.

Sans que je le veuille, chaque tournage m’a lié à toutes ces personnes, volontaires, militants, alliés, qui quotidiennement, au travers de leurs vies et de leurs liens, portent ce refus de la misère, de l’abandon, de la honte, du désespoir.

Faire le choix du volontariat n’a pas été un choix facile.

Le philosophe chinois Chen Yue Guang utilise pour parler du volontariat l’image d’une personne qui saute à l’eau pour rejoindre et secourir celui qui se noie. Sauter à l’eau demande du courage. Lier sa vie à celle des plus pauvres, c’est accepter d’embrasser sa part d’impuissance, de faire face à ses limites.

Ce qui m’a convaincu de faire ce pas, c’est une phrase de Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement, sur laquelle je suis tombé en travaillant aux archives du centre national en Suisse : 

« Que 1979 nous rappelle que nous ne sommes pas au service d’un Mouvement et d’un peuple mais créateurs d’un Mouvement avec ce peuple. »

Cet impératif à rester créatif, à toujours inventer de nouvelles manières, de nouveaux chemins pour faire humanité ensemble, je la reçois comme un défi. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et d’inconnu que je rejoins aujourd’hui le volontariat du Mouvement ATD Quart Monde.

Simeon Brand
Volontaire permanent

Le volontariat d’ATD Quart Monde, une aventure humaine

Il est possible de soutenir les engagements des volontaires permanents à travers une bourse salaire mensuelle.