La route de l'exposition

Route de l’exposition

L’idée de la « Route de l’exposition » en Suisse est née au retour d’Urs Kehl d’Amérique du Nord.

Suite à l’ouragan Katharina à la Nouvelle-Orléans, il avait commencé à dessiner de plus en plus souvent, afin de reprendre force le soir.

Guendouz Bensidhoum, venu de la banlieue parisienne, s’est aussi joint à nous en Suisse. Il s’est installé en tant qu’artiste peintre en Basse-Ville de Fribourg. La peinture était son rêve depuis l’enfance. Dans son école, trois tableaux étaient accrochés. Tous les matins ils s’arrêtait devant pour y puiser courage et persévérance avant d’aller affronter ce lieu qu’il jugeait hostile.

Urs a peint dans des gares suisses, dans des endroits fréquentés par des personnes sans-abris et aussi dans des quartiers défavorisés. 

On lui demandait souvent : 

« Pourquoi viens-tu chez nous ? » 

Et sa réponse était toujours :

 « Pour honorer les gens d’ici, leur courage quotidien. » 

Ses tableaux sont toujours pleins de lumière. 

Urs et Guendouz ont également rendu visite à Nelly Schenker à Bâle. Dans un quartier social, son appartement était rempli d’images. Nelly peint depuis longtemps. La peinture lui donne de la force et de la distance face aux soucis. Elle dit que cela l’a aussi mise en contact avec de nouvelles personnes. Sur son long chemin créatif, Nelly en a aussi entrainé d’autres, comme Eva qui enfant, il y a trente-cinq ans, a fréquenté les bibliothèques de rue. 

Eva peint maintenant des cartes de voeux, des calendriers, des tasses à thé et des sacs en toile. Pour se faire un peu d’argent de poche, mais surtout pour prendre, toujours à nouveau, la mesure de sa dignité et de sa liberté.

« Qu’y a-t-il de plus beau quand la créativité et la nouveauté jaillissent chez celles et ceux qui étaient murés dans le silence, les yeux baissés de honte ? » 

En Suisse, nous organisons des expositions depuis des années. En 1999, nous avons même pu réaliser une sculpture pour le Palais des Droits de l’Homme à l’ONU-Genève. Mais dans le paysage culturel, les personnes dans la pauvreté sont encore aujourd’hui trop peu considérées comme étant créatives, pleines de vie et riches d’enseignement. Elles sont le plus souvent perçues comme étant un problème. Un fardeau. C’est précisément parce qu’elles sont si peu prises en compte, qu’elles portent mille et une questions et préoccupations, qu’une force créatrice grandit en elles. Cette force devrait enfin être vue, reconnue et donner aussi du courage à d’autres.

Ce qui vient du plus profond de l’âme humaine blessée, meurtrie, doit pouvoir émerger à la lumière pour exister, toucher, bousculer. Nos expositions veulent y contribuer.

Noldi Christen

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