«Pas de pauvreté»: des jeunes se sont mobilisés !

Dans le cadre de l’ « Action 72 heures » proposée par le Conseil Suisse des Activités de Jeunesse (CSAJ), des jeunes se sont investis partout en Suisse. A Fribourg et à Rorschach, ATD Quart Monde s’est engagé dans la compréhension du 1er Objectif de Développement Durable (ODD1) : « Pas de pauvreté ».

15’000 jeunes se sont engagés en Suisse entre le 16 et le 19 janvier derniers. Quelle énergie ! Des milliers de (« bonnes ») actions et des milliers d’occasions de réfléchir ! Ces 15’000 jeunes étaient d’accord de contribuer à la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’Agenda de l’ONU 2030. Et le premier des objectifs présentés dans cet agenda est encore et toujours l’éradication de la pauvreté mondiale. 800 millions de personnes à travers le monde en sont encore fortement touchées et parmi elles plus de 600’000 en Suisse (100’000 enfants).

Tu t’engages, pourquoi?

FRIBOURG. Dans le quartier du Jura, le Galetas accueille ce samedi 18 janvier 2020 Laetitia, Shaun, Malyka et Anastasia, quatre jeunes enthousiastes qui réfléchissent ensemble à la question de la pauvreté, bien déterminés à entrainer d’autres jeunes et moins jeunes dans leur réflexion. Au cœur de ce projet, le besoin d’interagir pour créer un monde plus juste.

Dans ce lieu vaste et lumineux, un peu frisquet en ce jour de janvier et où des couvertures sont à disposition pour se sentir à l’aise et au chaud, ils attendent leurs premiers visiteurs. Ils ont aménagé l’espace comme un espace de rencontre à plusieurs niveaux : un coin débat, un coin création qui permet à ceux qui ne sont pas à l’aise avec les mots de s’exprimer en couleur sur une grande toile, un coin partage, avec un canapé, pour que les gens apprennent à se connaître puis enfin, un coin boissons chaudes et en-cas. 

« J’estimais que ces 72 heures permettaient de parler de la pauvreté pas seulement en Suisse mais aussi en Europe et dans le monde. La précarité, elle est un peu partout. Elle touche aussi les tribus d’Amérique du Sud et celles d’Australie qui vivent dans cette forêt qui brûle. Puis avant de venir à Fribourg, j’ai interrogé des habitants de mon petit village, et ce qui ressort des questionnaires, c’est que par rapport à avant, la solidarité se perd. Pour moi, c’est important d’agir. »

Laetitia

« Les 72 heures sont une occasion d’être un peu plus visibles. Il y a plusieurs associations impliquées sur des sujets totalement différents comme l’écologie par exemple. Nous, nous voulions faire réfléchir sur la pauvreté. Ramener ici des gens pour qu’ils débattent dans un endroit convivial, car on n’ose pas toujours donner son point de vue là-dessus. Hier, on est allé en ville distribuer nos flyers. Pour casser les idées reçues, on avait un slogan accrocheur : « Les pauvres sont-ils riches ? ». On essayait d’interpeller plutôt les jeunes : on parle plus de la pauvreté des familles, des personnes âgées, on commence à peine à parler de celle des jeunes mais très peu des conséquences qu’elle produit. Laetitia a longuement parlé avec un jeune, j’espère qu’il nous rejoindra. » 

Malyka

« Les 72 heures permettent aux jeunes de s’encourager pour une action qui leur tient à cœur. Je trouve que c’est très important qu’on se rende compte que tout le monde a un impact sur la société. Si tu as le sentiment que quelque chose ne va pas, tu peux le changer pour te sentir mieux dans ton monde. Ça t’aide à avoir du pouvoir sur les choses. Moi, je vois qu’il y a de la pauvreté en Suisse, je me demande ce que je peux faire et les 72 heures sont l’occasion de sensibiliser les gens. D’ailleurs notre toile, à l’entrée, est symbolique. Une toile blanche, c’est un départ pour penser un monde nouveau. D’un côté, on a l’ancien monde, les représentations de la pauvreté et de l’autre un monde sans. Sur une toile blanche, on peut créer ce qu’on veut pour notre société. »

Anastasia

« Pour vivre ensemble, on a besoin de partager et la précarité est un thème qui regroupe pas mal de gens. L’important est de se poser des questions, de savoir ce que veut dire la pauvreté. Savoir si l’on comprend tous la même chose quand on parle de pauvreté, je ne pense pas. Puis est-ce qu’on peut mettre d’autres mots, donner des moyens de voir positivement en parlant de richesse. Que peut-on faire pour comprendre qu’on est tous riche, pour prendre conscience qu’on a une richesse, celle du cœur, de l’intelligence, du savoir-faire, et qu’on ne peut pas nous l’enlever. Comment peut-on partager, trouver des moyens pour converger et se rencontrer ? »

Shaun

Leur mot de la fin.

« Vivez ! Profitez de la vie ! Qu’on est de l’argent ou pas, il y a tellement de choses à découvrir. Redevenons solidaires ! »

Laetitia

« Quand quelque chose ne va pas, il faut le changer en se rassemblant, en s’unissant car tout seul, on n’a pas de poids. C’est ma vision de l’importance du collectif. »

Anastasia 

« Arrêter de trop réfléchir pour redevenir humain. Prendre le temps de développer sa propre pensée, ce qui est difficile. Se rendre compte qu’on évolue dans un monde où la jeunesse change beaucoup et rapidement. Aller de l’avant, écouter la parole des jeunes. »

Shaun

« Se mélanger, c’est comme ça qu’on réfléchit différemment. Redonner des valeurs aux jeunes, j’ai l’impression qu’au-delà de la grève du climat, il y en a peu qui s’engagent pour faire changer les choses. Le groupe de la dynamique jeune nous manque. Les 72 heures, c’est une ébauche de retrouvailles en attendant les futures. »

Malyka

Propos recueillis par Hélène Cassignol Madiès

«En Suisse, tout le monde est riche»

RORSCHACH (SG). En Suisse orientale, le groupe de jeunes a voulu confronter les passants dans une rue commerçante par des affirmations provocatrices comme : « En Suisse, tout le monde est riche »

Puis le 19 janvier, ils se sont retrouvés avec le groupe d’action romand dans le local d’ATD Quart Monde à Rorschach, et ils ont échangé sur leurs expériences vécues avec  intensité. 

Ce dimanche-là, on pouvait ressentir les liens forts qui se sont tissés entre les participants. Pourtant il s’agissait d’un groupe hétéroclite composé de personnes de tous milieux avec, en plus des Suisses, des amis de France, d’Haïti, du Cameroun et Rasoul, un réfugié kurde.  

Je me souviens avant tout de quelques moments phares. Kevin qui présente son symbole : un visage qui rit, mais qui est bariolé de rouge et de bleu… « Alors, est-ce un sourire ou une moquerie ? »

Le mot pauvreté est banalisé en Suisse

Maelle a insisté sur le fait que le mot pauvreté était banalisé en Suisse, qu’on ne la voit que superficiellement… On n’est plus conscient du désespoir qu’elle cache, et de la force qu’elle demande pour rebondir. 

Laetitia s’est longtemps concentrée sur son dessin : un phénix issu de la mythologie grecque qui toujours renaît de ses cendres et peut s’envoler très haut. 

Une grande banderole a donné de la force : une multitude de visages, comme des étoiles noires et jaune or qui se rencontrent doucement, se mélangent et peu à peu apportent plus de lumière dans le monde…

Noldi Christen