Placements extrafamiliaux : ATD Quart Monde prend position

Les Conférences cantonales des affaires sociales et de protection des mineurs et des adultes vont publier leurs recommandations, mises en consultation l’an dernier, en matière de placements extrafamiliaux. 

« J’ai souffert quand j’ai été placée. Mais mes enfants aussi ont souffert quand ils ont été placés. La séparation, la cassure, c’est dur. Il faut tout faire pour l’éviter». 

Telles sont les paroles d’une maman qui a aidé à élaborer la prise de position d’ATD Quart Monde. Ces mots sont ceux de nombre de parents avec qui le Mouvement est engagé et qui vivent des situations de pauvreté et d’isolement. Ils se trouvent confrontés au placement ou du moins à la peur du retrait de leurs enfants. C’est pourquoi ces parents ont toute la légitimité de participer à une telle consultation et nous déplorons que les conditions nécessaires à cette participation n’aient pas été mises en place par les instances respectives.

Pauvreté et placements extrafamiliaux

Lors de la rencontre de familles avec Madame Sommaruga au Centre national du Mouvement en 2017, une des propositions exprimées a été : la nécessité de lancer une étude approfondie et scientifique, avec la participation des acteurs concernés, sur le lien entre les placements extrafamiliaux sur plusieurs générations et la pauvreté.

C’est pourquoi, même si nous saluons ces recommandations, nous regrettons qu’elles ne fassent aucun lien avec la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté. Nous sommes convaincus que le déploiement de dispositifs d’une telle stratégie serait de nature à éviter certains placements ou à améliorer les processus en cas de placement.

Veiller au respect de la dignité de chaque famille

Plusieurs recommandations se fondent sur l’intérêt supérieur de l’enfant, dont la définition est complexe. Référence devrait être faite au processus suggéré par le manuel d’application des lignes directrices des Nations Unies relatives à la protection et au placement des jeunes. Pour les familles souffrant de pauvreté et d’isolement social, la mise en place d’un programme d’aide pour maintenir l’enfant dans sa famille – qui figure dans les recommandations – va dans le sens du respect de l’intérêt supérieur de l’enfant et devrait être davantage soulignée.

D’autres recommandations parlent de la prise en considération des parents, en leur assurant un soutien lors de la transition vers l’institution ou la famille d’accueil, ainsi que pendant le placement et lors du retour. Ces recommandations devraient être complétées par la reconnaissance de ces parents comme acteurs du dispositif, capables d’identifier de quoi ils ont besoin pour exercer leur parentalité, en les informant de manière claire sur les étapes à franchir et les éventuelles compétences à acquérir pour ré-obtenir la garde de leur enfant.

Nous partageons l’importance exprimée de la participation des enfants dans le processus de placement. Cependant les réalités de vie de ces jeunes, qui ont souvent déjà vécu l’exclusion ou connu celle de leurs parents, doivent être prises en compte. En cela, l’importance de la confiance et du non-jugement doit être mise au centre des préoccupations pour permettre une réelle participation des enfants et cela nécessite des compétences spécifiques.

Enfin, la tenue de statistiques sur le placement est importante, mais elle devrait s’accompagner d’une évaluation plus globale des parcours de vie de ceux ayant vécu ces mesures afin d’évaluer les conséquences du dispositif (formation, accès à l’emploi, etc.). Oeuvrer à la prise de connaissance de ces recommandations par les parents, veiller aux modalités de leur application ainsi qu’à leur évolution restent une préoccupation majeure d’ATD Quart Monde afin de continuer à défendre le droit à la dignité de chaque être humain.

Véronique Martrou